L’Autre Fils
« Les cloches de la ville résonnèrent. La panique et la mort s’insinuaient progressivement dans l’immense ville.
Un cor résonna, Valanor et ses troupes marchèrent à présent sur la ville. Les archers d’Ellenmarïl perdirent leurs avantages, car même si le nombre de guerriers s’insinuant sur le flanc Est était nettement plus réduit au vue du relief accidenté. Il n’était pas préparé à une telle évasion.
De puissantes déflagrations résonnaient dans la ville témoignant de la puissance des sorts lancés par les mages. Les assassins de l’ombre exécutaient sans la moindre difficulté une armée ennemie complètement désemparée.
Le siège de la ville dura une demi-journée. Une nouvelle victoire pour l’armée d’Haralas. »
Une femme courait désespérément dans les vestiges d’Ellenmarïl. On aurait pu croire qu’elle était à la recherche de son âme, car elle ne s’arrêtait pas, même lorsque des points de côtés lui déchiraient le ventre, ou qu’elle trébuchait contre un guerrier mutilé agonisant sur le dallage froid des couloirs où le combat faisait encore rage quelques heures auparavant.
Elle ne trouvait pas ce qu’elle cherchait, les larmes coulaient le long de son visage déformé par la tristesse. Un visage qui, pourtant, bien des années auparavant, lui avait permis de passer une nuit avec le plus puissant des mages de Whauk.
Cela faisait déjà des minutes, peut-être mêmes des heures, qu’elle courait sans savoir où elle allait. Elle avait traversé des centaines de couloirs, ouvert des centaines de portes, regardait au delà de centaines de balcons fleuris, comme si ce qu’elle cherchait pouvait s’être enfuit de cette cité maudite. Tout ses efforts ne l’amenaient nulle part, jusqu’au moment où, derrière une de ses innombrables portes de chêne toutes identiques les unes aux autres, elle tomba nez à nez avec un grand homme au visage caché par un effroyable masque argenté, aux allures démoniaques, taché de sang, et prolongé par une large cape noire qui lui couvrait le reste de la tête et le corps.
Elle baissa rapidement les yeux, juste le temps de voir la main droite mutilée de l’homme l’agripper par le cou et la plaquer violemment contre le mur le plus proche.
La voix qu’elle entendit alors lui parut sortir des profondeurs de la cité elle-même. A peine l’homme eut-il prononcé ses premières syllabes, que la tristesse de la femme se mua en un effroi et une peur incomparable.
« Qui êtes vous ? Que faites-vous dans cette salle ? »
La femme tenta difficilement de faire sortir une réponse satisfaisante de sa bouche devenue glacée.
« Je cherche… quelqu’un. »
« Qui êtes-vous ? » répéta froidement l’homme.
« Vous allez me tuer ? »
« Sans aucun doute… »
La femme laissa échapper un cri de douleur. Elle ne voulait pas mourir ici. Mais ce masque effroyable et taché de sang lui ôter tout espoir de survit.
« Pouvez-vous enlever votre masque ? Je vous direz tout ! »
L’homme ne répondit rien, il attendit quelques secondes sans pour autant lâcher son étreinte, comme si il voulait sentir mourir cette femme à sa merci.
Puis sa main se desserra du cou de la pauvre femme.
« Tant que je servirais Haralas ; tant que je vis, je n’ôterai pas ce masque ! »
Sa voix était devenue plus agressive, ce qui n’alla pas sans amplifier la peur déjà incommensurable de la femme.
Soudain, ses pieds se dérobèrent du sol, et elle sentit une force la pousser vers l’avant. Elle se retourna : personne ne la levait en l’air ou ne la poussait. Ses yeux se fermèrent contre son gré, et elle se sentit voler doucement dans une direction, sentant près d’elle la présence de l’homme au masque d’argent. Etait-ce lui qui la faisait voler et qui lui avait fait fermer les yeux pour qu’elle ne voit pas ce qui l’entourait ?
Lorsqu’elle put enfin rouvrir les yeux, elle voulut pouvoir les refermer à jamais. Elle s’efforça à scruter la salle dans laquelle l’homme l’avait emmenée « de force ». Elle se trouvait dans une gigantesque salle, dont on pouvait apercevoir les murs, tellement les ténèbres y étaient présentes. La seule source de luminosité provenait d’un feu violet brûlant en son centre. Autour du feu se dressaient en cercle des hommes semblables à celui qu’elle avait eu le malheur de rencontrer quelques minutes auparavant. Cette vision de tout ses masques aux allures effrayantes fit remonté en elle ce sentiment de peur intense.
Elle lâchait de petits gémissements apeurés, des plaintes sourdes. Son pou s’accélérait. Comment son cœur pouvait-il résister à une telle cadence? Elle n’arrivait pas à articuler un seul pauvre mot. Les hommes aux masques d’argent restaient immobiles. Ils ne prêtaient pas attention à cette femme qui semblait perturber le calme mortel de ce cercle.
Un homme apparut alors soudainement au milieu du feu. Des gerbes de flammes mauves s’échappèrent du foyer pour virevolter dans toutes les directions, telles des rubans de feu qui dansaient autour de cet homme, dépourvu de masque. Sans un mot il se tourna vers la femme, et elle put apercevoir son visage. Un si charmant visage, dépourvu de marques de combat, un regard si profond, des trais si lisses. Elle venait de trouver ce qu’elle cherchait.
« Valanor ! »
Le grand magicien haussa les sourcils. Peu de personnes osaient désormais l’appeler par son prénom. Il se ressaisit rapidement, et d’un claquement de doigt, fit s’évanouir la force magique qui retenait la femme dans les airs.
« Comment me reconnaissez vous ?
Il parlait d’un ton calme, posé, agréable, bien différent de celui de l’homme qui avait capturé la pauvre femme.
- Valanor ! C’est moi, Vélane !
Elle venait de l’appeler une seconde fois par son prénom.
- Je ne connais aucune Vélane qui mérite de me parler sur ce ton...
Les yeux de Vélane s’écarquillèrent. Il la connaissait très bien. Elle hésita quelques secondes à annoncer devant tout ces hommes une information sur son identité, mais il le fallait bien pour espérer une réponse.
- Il y a cinq ans, j’étais ta maîtresse.
Ce fut au tour de Valanor de restait pétrifiait de stupéfaction. Maintenant, il la reconnaissait. Cela remontait à quelques années, et Vélane n’était pas la seule femme à être passé par ce rang de luxe, mais il ne pouvait oublier ces nuits magiques en sa compagnie.
- Je vois... qu’est ce que tu veux ?
Vélane s’élança alors vers Valanor et tomba à ses pieds. Des larmes coulaient le long de ses si jolies pommettes...
- Où l’as-tu emprisonner ?!
- Qui ça ?
- Le fils que tu m’as donné ! Où es Darjen ?!
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